Retour au numéro
Vue 48 fois
19 juin 2019

Vous reprendrez bien un peu de grillon ?

Si comme moi vous avez déjà eu l’occasion de goûter un snack aux insectes « saveur ail et fi nes herbes » ou « goût barbecue », alors vous vous êtes sûrement posé cette question : mangera-t-on demain du steak de grillon ? Si les AOC (Asticot d’Origine Contrôlée) ne sont pas pour tout de suite, il semblerait que la production d’insectes en France et en Europe soit en croissance rapide.


L’élevage d’insectes en Europe est pour le moment principalement dédié à l’alimentation animale. La fi lière a son association : l’IPIFF (International Producers of Insects for Foof and Feed), qui oeuvre pour une évolution de la législation européenne et une clarifi cation du statut des protéines d’insectes. Depuis le 1er juillet 2017, l’Union européenne autorise sept espèces utilisables sous forme de farine en aquaculture : les mouches soldat noir et domestique (Hermetia illucens et Musca domestica), le ténébrion meunier ou vers de farine et le petit ténébrion mat (Tenebrio molitor et Alphitobius diaperinus), ainsi que trois grillons (Acheta domestica, Gryllodes sigillatus et Gryllus assimilis).

Ces insectes sont valorisables sous différentes formes : en farines, en huiles. Leur usage est également autorisé en pet food. Médor aussi aura droit à ses croquettes à la mouche !

En ce qui concerne l’alimentation humaine, la directive européenne Novel Food a changé la donne en ouvrant la voie depuis le 1er janvier 2018 à des autorisations de mise sur le marché. Les premiers dossiers déposés par les start-up accélèrent les autorisations futures en servant de base. Sont déjà disponibles sur le marché des snacks, des barres protéinées, des pâtes… La procédure est longue mais a donné le coup d’envoi pour l’agrandissement de plusieurs entreprises et l’investissement dans la recherche et développement.

Les enjeux de ces nouvelles filières sont les mêmes que pour les élevages classiques : bien-être animal, hygiène,  émissions de GES, consommation d’énergie… et surtout rentabilité. Si la farine d’insectes produite localement a ses arguments face aux importations de farine de poisson ou de tourteaux de soja, elle reste encore plus chère, avec un surcoût de quelques centaines d’euros à la tonne produite.

Plusieurs pistes sont étudiées par les entreprises pour assurer leur pérennité : grossir, pour diminuer les coûts de production, s’intégrer dans des filières circulaires, en valorisant des biodéchets, développer des partenariats avec des exploitations agricoles en place et des coopératives. De nombreuses questions ont été soulevées quand à la durabilité de ces productions industrielles d’insectes, en passant des phases pilotes à la production de grande échelle. De récentes analyses de cycle de vie ont montré l’intérêt environnemental de cette production comme substitut protéique, mais à plusieurs conditions : l’usage d’énergie renouvelable, en récupérant par exemple la chaleur issue d’un méthaniseur, l’utilisation de biodéchets végétaux comme base alimentaire, la minimisation du transport, et la valorisation des déchets produits comme engrais agricole. 

Auteur

Articles du numéro

Commentaires

Commentaires

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Connectez-vous.